vendredi 20 mars 2015

Serges Beynaud et l’afro-citoyenneté (OKENINKPIN)


Penser l’afro-citoyenneté à partir de Serges Beynaud.
Note d’écoute.
L'oreille du mélomane est alertée par OKENINKPIN, cette chanson de Serges Beynaud, on y écoute  une quête de l’identité à partir de l’Afrique. Que dit-il ? « Moi, je suis africain ; l’Afrique c’est chez moi, Afrique de fiers guerriers ; Afrique de jolies femmes » ; je m’attèle à comprendre cette phrase de l’artiste ivoirien qui chante le coupé-décâlé.  Je pense ses propos à partir d’une conception de l’Afrique qui est interprétée : assumer son identité « africaine » et la vivre à partir de ses forces et des possibilités réelles de présence au monde.
Qu’est ce qu’être africain ?
Qu’est ce qui fait de l’artiste un africain ? Est-ce parce qu’il est né en Afrique ? Ce qui est encore très vaste et très vague ; néanmoins, l’élocution du lieu « Afrique » pour lui est le refus de se laisser identifier précisément dans tel ou tel lieu précis du continent africain. Est-ce qu’il pense à ces africains qui sont nés en Europe ou en Amérique ? ou alors, pense-t-il à ces africains, descendants d’esclaves,  et qui ont néanmoins un lien avec le continent africain de par leur ascendance ? Se reconnaissent-ils comme provenant de cette lignée africaine ? L’assument-ils ? le problème peut se poser autrement par l’examen des rites et pratiques qui ont circulé dans le nouveau monde ; et vécus par ces fils et filles d’Afrique.
Le propos « Moi, je suis africain »,  peut s’entendre selon son sens premier ; c’est un sujet qui pose son existence comme africaine et africanisée. Le fait d’employer la première personne du singulier est la position de soi comme entité responsable de son élocution. La question de ce « je » qui énonce son africanité ou sa quiddité africaine ne s’enfermera-t-il pas dans son identité ? Il pose son africanité comme une essence ; il assume ainsi son hérédité de naissance et d’appartenance.
Peut être passe-t-on très vite sur le « je » et l’on oublie ce « moi »qui démarre la phrase ; ce « moi » s’assume par sa capacité de parler, d’assumer son discours qui se pose comme lui appartenant. Ce moi personnel est celui d’un individu de par son être assumé comme tel. Le « moi » qui pose ainsi son africanité  africain réfléchit sur son « moi ». Il se prend pour objet de pensée.
« Moi, je suis africain », je me pose comme africain. Par la suite, l’on se rend compte que l’artiste situe l’Afrique comme son lieu habituel de résidence, ou d’origine. « L’Afrique c’est chez moi ». Ici, le musicien étend son identité à toute l’Afrique. Cette extension identitaire, lui donne le droit de circuler partout dans l’Afrique ; il peut se rendre dans tous les endroits de l’Afrique où il trouvera place ; il y vivra l’amitié et l’hospitalité. Nullement dépaysé puisque des frères et des sœurs seront là pour l’accueillir. Dans tout coin d’Afrique, il sera accueilli, par un sourire ou par un mot chaleureux, par exemple, le fameux « AKWABA » de Côte d’Ivoire. Cette extension d’appartenance est une acte de solidarisation avec les africaine et les africains.
« L’Afrique c’est chez moi » ; Cette formulation met en confiance celui qui l’énonce et elle annonce la capacité de circuler là où il souhaite. Je m’y sens en confiance. La question qui se pose dans cette citation est celle de savoir comment prendre soin de ce chez soi. Si l’Afrique est le « chez moi », cela implique son entretien ; puisqu’en arrière fond de cette phrase, l’appartenance à une maison est en filigrane. Il s’agit de s’investir pour ses citoyens. Il est question de donner son cœur, son temps et son énergie pour que ce chez soi, soit propice à ce que tous et toutes aient de quoi se satisfaire de bien vivre.
Quelle est cette « Afrique » qui est la sienne ? N’est ce pas celle qui relit sa propre histoire ? Celle qui fait mémoire des moments humiliants que furent la vente des êtres humains au loin, par des frères africains pour les besoins d’esclavage ? Ce « chez soi » est la somme de ces malheurs, cette banalité de l’être humain qui chosifie son semblable.
« Moi je suis africain » est énonçable par celui de la diaspora africaine ; cette Afrique éparpillée dans le monde qu’elle soit en Europe ou en Amérique. L’histoire de la traite négrière, est revisitée dans la chair de ces africains quand ils affrontent dans leur lieu d’exil, l’injustice et le racisme. Cela montre que l’Afrique ne se pense pas en elle-même ; la rencontre entre l’Europe et l’Afrique a été conflictuelle. Est-ce l’Europe des Lumières et de la raison qui ainsi s’est répandue dans ses manières de faire et d’être, au point d’assujettir les autres peuples, en leur refusant la possibilité d’exister à partir de leurs croyances ? C’est aussi, l’Afrique des descendants d’Afrique qui ont fait de l’Europe ou de l’Amérique leur lieu de résidence et d’appartenance.
Cette Afrique qui rencontre l’Europe s’est définie par la double posture de l’humiliation et de la révolte. C’est pourquoi, l’on ne peut pas s’étonner des pratiques de révolte contre cet autrui qui a été dominateur.
De toutes les manières, l’artiste, est en rupture cette vision doloriste de l’Afrique et préfère plutôt chanter une Afrique de « fiers guerriers ».  C’est l’Afrique qui combat contre son aliénation ; celle qui lutte contre les forces d’oppression. C’est l’Afrique de Béhanzin, l’Afrique des Amazones, l’Afrique rêvée par Lumumba, par Um Nyobé, Steve Biko. Cette Afrique des africains qui luttent pour leur émancipation réelle. C’est l’Afrique des villages, l’Afrique des villes.
Son « Afrique de jolies femmes » est un procédé de mise en confiance des africains en leur invitant à avoir un estime d’eux-mêmes et d’elles-mêmes ; qu’ils estiment leur propre personne et arrêtent de se voir comme le summum de la victime du racisme. Cela rejoint bel et bien, « Africa is beautiful ». C’est un hymne à la beauté.
Cette afro-citoyenneté en appelle à une nouvelle manière de vivre selon le respect de soi, de la vie de soi-même et celle des autres. Le citoyen est celui qui s’engage pour la paix, et s’investit dans le travail de chaque jour, par ses talents, à rendre cet univers viable et vivable. L’afro-citoyen s’inquiète donc de ce déferlement de la violence et plaide pour la cessation de l’intégrisme, du fondamentalisme religieux. Au contraire, l’afro-citoyenne appelle au respect des coutumes pour la vie.
En fait, par cette phrase, Serges Beynaud est entrain de participer à l’enfantement de lieu qui pour lui a de l’importance : l’Afrique. Avec l’instrument musical, il s’affirme bel et bien comme un Afro-citoyen. Son afro-citoyenneté gagnera en densité si et seulement si chaque citoyen du continent a la possibilité de vivre selon ses compétences pour l’entretien de ce chez soi qu’il habite au carrefour de la rencontre avec les autres.
Akono François-Xavier. 

samedi 28 février 2015

ON EST ENSEMBLE-NOUS SOMMES ENSEMBLE

Entendu au moment où deux Camerounais ou Camerounaises se disent au-revoir, l’expression « on est ensemble » est à comprendre dans son sens large et approfondi. C’est ce à quoi nous convie ce modeste retour sur cette phrase pleine de sens.
Cette expression est portée par une forme d’intersubjectivité ; je ne suis pas seul au monde ; je suis au monde avec les autres. Grâce à eux, je peux me cultiver, m’instruire ; ils participent ainsi à ma croissance humaine et spirituelle. Ils me permettent d’avancer. Leur présence participante à ce que j’entreprends m’édifie.
Le "on est ensemble" est aussi et surtout un motif de se porter, de se supporter et s’apporter mutuellement du soutien dans un labeur qui se construit par les autres qui m’aident ainsi.
Cette expression est portée par une forme de communion d’esprit qui nous rassemble, qui nous unit, qui nous fédère au-delà des nos différences. La communion fraternelle construite sur l’amour et le respect mutuel veulent donc que dans cette pirogue qui nous porte sur les eaux, il sied de respecter la place de l’autre. Nous sommes dans la même pirogue ; si elle chavire, nous chavirons tous. Le « on est ensemble » intervient comme la base de la construction de la relation interpersonnelle, familiale et elle peut aboutir à une véritable prise au sérieux de la place de chacun dans la nation.
Quelle est la place que je réserve à l’autre ? comment est ce que je travaille à ce qu’il soit dans la paix, dans l’harmonie avec lui-même ; une compréhension du « nous sommes ensemble » désire donc voir une nation construite sur la justice, le respect du droit et des libertés fondamentales. Qu’est ce que vivre dans le bonheur si d’autres par contre végètent dans la grande pauvreté, la grande précarité, la grande humiliation due à leurs conditions tristes de vie ? Peut –on donc dire en ce moment là que « nous sommes ensemble » ? N’est ce pas justement le moment de revenir à la raison et travailler pour ces situations frustrantes soient éradiquées par tous ?
Cette formule, du « nous sommes ensemble » est en somme, une motivation, un mot très fort qui rassemble, assemble et fait vivre les uns par les autres. C’est une éthique de la rencontre, de l’accueil et de la compassion vécus. Le mot « on est ensemble » marque la volonté de tous de se rencontrer et de s’édifier mutuellement.  On n’est jamais seul au monde, dans une hospitalité vécue dans la vérité, l’on se reçoit les uns les autres, l’on vit pour s’aider, s’entraider.
Dans les situations difficiles vécues par la Nation, cette expression nous motive et nous fait nous serrer les coudes; revenant ainsi à tous les proverbes qui font la force de notre culture. 
To be continued..

Akono François-Xavier.

Escapade sur le Mont Cameroun, Le char des dieux

Haaaa le 21 février 2015 !

Se fut mémorable en tout point ...
Parti de Douala le vendredi soir, le duo de choc a eu le temps de visiter la zone estudiantine de Buea (ville du sud ouest Cameroun dans laquelle se trouve se mythique mont) lors d'une balade pédestre et de prendre quelque force pour l'escapade en montagne.

Samedi 21, très motivé et ravie de refaire cette ascension mythique, nous sommes allés à la rencontre du char des dieux, prêt de 4km à parcourir. Accompagné d'un guide très sympathique, nous avons battu notre record de temps pour atteindre le dernier refuge qui se trouve à environ 2 800 mètre. Nous avons sur le trajet rencontrée la reine Sarah Etonde (7 fois championne féminine de la course de l'espoir qui se déroule sur le parcours que nous allions suivre), le DG de l'entreprise Hysacam et ses collaborateurs, profité de la beauté du paysage et discuté avec d'autres passionnés (en français ou en anglais).

Motivé par cet exploit nous avons décidé de faire le chemin retour le même jour et de dormir à Douala ... Sur le retour nous avons compris pourquoi la course a été baptisé ''course de l'espoir'' ... En effet, il a fallu beaucoup d'espoir et de courage pour descendre parce qu'il fallait surmonter les douleurs du corps et les difficultés du trajet: malgré tout nous avons atteint notre objectif. La question sur la méthode adoptée par les coureurs pour ne fait qu'environ 4h de temps (allé et retour) reste tout un mystère.

Retour à Douala, retour à la réalité et à ses péripéties ... Comme pour beaucoup d'autre chose, il ne nous reste plus que les quelques images prises et nos souvenirs...

Merci !!

jeudi 5 février 2015

Note d’écoute : « LA NATION » de DEBORDO LEEKUNFA.

Note d’écoute : « LA NATION » de DEBORDO LEEKUNFA.
Mon habitude de mélomane me conduit à une chanson : « LA NATION » de DEBORDO LEEKUNFA qui chante en général en Eburnie, et fait danser au rythme du "coupé-décalé".  Je veux comprendre le contexte de l’inspiration de l’artiste ; le contenu de sa chanson. Voilà les deux parties qui vont structurer mon argument selon lequel : la nation est une entité à bâtir ensemble. Une question délicate : chante-t-il pour la Côte d'Ivoire? De quelle nation s'agit-il? Il est difficile de le savoir; sans doute que son propos certes contextuel a valeur d'interpellation des hommes et des femmes de son temps. Notre méditation sur le contexte d'éclosion de son propos, nous le situons au pays de l'Ivoire. 
Le contexte proche de composition de la chanson

Parue aux environs de 2011 (du moins, si l’on juge de son post sur le site de divertissement https://www.youtube.com/watch?v=_Km4Iq6dAto) la chanson, « LA NATION » du musicien DEBORDO LEEKUNFA est contemporaine des troubles politiques d'Eburnie. Ce pays  a connu le coup d’état, la Rébellion des Forces du Nouveau, les événements post-électoraux de 2011 qui virent plusieurs morts pour cause de querelle autour de la personne qui a gagné les élections présidentielles : « ---- » ou « ---».
C’est la preuve que le citoyen DEBORDO LEEKUNFA, qui joue de la musique n’est pas indemne de ce contexte qui motive son inspiration immédiate. Il est remarquable que l’acte citoyen se pose non seulement en une critique des politiques mortifères mais ramène à la conscience du vivre-ensemble dans un même espace dénommé la nation.
Certes l’étymologie du mot « nation » dans le contexte eburnien a vu l’éclosion du mot « éburnité » qui est une excroissance interprétative du fait d’être né de Père et de Mère éburnien. Le critère de naissance d’originaires de la nation est donc ce vecteur d’exclusion pour qui veut postuler aux charges présidentielles. C’est un débat qui est dangereux qu’il faut interroger philosophiquement afin d’éviter de telles dérives d’appartenances.
Si tel est le contexte polémique de production de cette musique, comment comprendre l’intention de l’artiste ? Et quels développements critiques pouvons-nous émettre sur la base des paroles dudit chant ?
La structure de la chanson
Le chant se compose d’une ouverture, d’un corps et d’une sortie. Que nous dit le texte ?
L’ouverture
L’ouverture ou l’introduction est une parole sur fond musical d’invocation priante ; on y entend, « bolingo, ya solo »  (l’amour vrai traduit du Lingala); en arrière plan du texte, l’âme du mélomane est transportée par un air spirituel qui l’accueille par le souffle infusé des instruments. Qu’est ce qui justifie cet élan spirituel ? Est-ce un appel à l’amour ; un appel à s’aimer les uns les autres ? L’interprétation sera examinée au fil du corps du texte. Est-ce une manière d’exorciser les démons de la division qui hantaient son pays ? Est-ce pour appeler Dieu au secours de l’humanité qui se déchire ? Est-ce une supplication mélodieuse adressée au Père de tous les humains ? L’interprétation plausible qui écarte la référence au divin est toutefois reprise par les harmoniques d’amour qu’inspire cette introduction. Elle peut être interprétée comme une prière d’introduction sous forme de supplique,  pourrait se lire comme un appel à Dieu ;  cette ouverture a les airs d’une invocation qui veut apaiser.  
Le développement du texte de la chanson

Je m’appelle « au pas la nation »
« Désormais je m’appelle OPA LA NATION, tu le sais ;
ALORS, mon devoir c’est de mettre la NATION, OPA »
Cette séquence phraséologique  est la marque d’une personne qui se lève et se soulève contre sa propre inertie. L’adverbe « désormais » qui précède la position de soi comme « JE » est à la fois une rupture et un nouvel élan. C’est un réveil brutal comme après une nuit cauchemardesque ; l’artiste invite à s’interroger ; avant qui était-il ? Quel était son statut au sein de la société d’Eburnie ? La nomination de « soi »  est posée à la première personne du singulier : « JE ». La précédence de la nomination de soi qui est suivie par la nouvelle détermination est une rupture entre le désordre et l’ordre. Je me nomme « au pas la nation » signifie la décision de se poser comme un maître qui redresse ce qui est courbé.  Remettre les choses dans leur vrai ordre ; et dans leur vraie finalité. La notion de « nation » qui est usitée est celle d’un ensemble géographique qui comprend des personnes nées au sein du même territoire. L’artiste est en cela fidèle aux définitions de ce qu’est la nation disponible en philosophie politique ou en sciences politiques.  Nous y sommes nés, et nous vivons. En cela, il rejoint la définition du dictionnaire le Petit Robert, qui fait de la Nation « un groupe humain constituant une communauté politique, établie sur un territoire et personnifié par une autorité souveraine ». Certes, comme mentionné dans le contexte d’éclosion de son chant, il sied de s’interroger si réellement la Côte d’Ivoire représente une « communauté politique », un ensemble de citoyens réunis au sein du même territoire.  Nous ne reviendrons pas sur le questionnement que la notion de nation connut dans les développements des sciences politiques et de la philosophie politique occidentale.  Nous nous concentrons plutôt sur l’usage qu’est fait par l’artiste dans cette musique qui interpelle.
Comment va-t-il redresser la nation ? S’il se dénomme désormais « AU PAS LA NATION », il casse l’inertie par une prise de parole responsable. Il est un sujet d’imputation morale qui assume ses propres paroles ; ses capacités pensantes s’orientent dès lors, vers une contestation qui a pour mot phrase et mot motivant : « je dis non » qui reviendra tout au long de la chanson. Ce pouvoir de dire « non » que l’artiste pose est situable dans la tradition de philosophie critique qui est une véritable contestation par la force de la critique.
La réflexion critique est l’une des possibilités de l’être humain. C’est réaliser sa vocation humaine que d’habiter le questionnement qui pèse et évalue les situations humaines. Critiquer c’est donc émettre un jugement ; c’est venir à la racine des choses et les évaluer sérieusement. Réfléchir, selon le mot de Hannah Arendt, « cela veut toujours [dire] penser de manière critique ; et réfléchir de manière critique, cela signifie que chaque pensée sape en fait  ce qu’il y a de règle rigide et de conviction générale ; » en cela, l’artiste rejoint la sphère critique de la vie sociopolitique. Il pense. Il conteste. Il examine de manière critique son propre contexte, sa propre nation.  C’est pourquoi sa prise de position est un énoncé qui secoue les dérives des politiciens.
Je dis non aux politiques de division
Le propos critique de l’artiste s’adresse aux dirigeants politiques. Il ouvre son propos par une supplication qui marque aussi un dépit « é, Dieu », est ce qui entendu en Eburnie quand une personne est dépassée par un événement et qu’elle souhaite en retour la voir s’améliorer. L’exclamation « é Dieu » est donc une prière, un appel à faire autrement les choses. C’est prendre le créateur à témoin devant les égarements des faux leaders. L’artiste est respectueux de ses dirigeants ; c’est pourquoi il énonce des propos incisifs à leur endroit.  Soucieux de toucher le cœur des dirigeants, il emploie le mot affectif de « papas » ; les dirigeants politiques pour DEBORDO LEEKUNFA sont la figure du papa qui est rappelé à son devoir de protection, de sécurité et d’aide à faire grandir la maisonnée. L’on comprend mieux pourquoi, il emploie dans la suite du chant, la métaphore de la Nation comme une famille. Les liens de la nation s’inspirent de la famille dans la mesure où ils se reçoivent du même héritage à la fois biologique et spirituel, culturel et humain. La famille connait ses tensions, ses déchirures mais il importe de se mettre au dessus et de recoudre le tissu fraternel distendu par une incompréhension. « La famille, rien que la famille ». Par l’appel au sentiment familial, l’artiste est peut être dans le registre affectif ; mais il lui revient néanmoins d’interpeller la famille par des questions adressées aux responsables.
Que demande-t-il aux dirigeants ? Sa volonté de mettre la nation au pas est une interpellation à éviter les politiques de violence. Quels sont ces dirigeants qui sont si radicaux qu’ils décident de s’entretuer et de tuer les innocents ? Cette interpellation est grosse des morts inutiles que l’ambition politique a causée. Une telle pratique est la partie la plus abjecte de la politique qui se confond dès lors à la transgression des interdits de voler et de tuer. L’artiste a contrario invite les dirigeants à se distinguer par le respect de l’injonction éthique : « tu ne tueras point ».  Le visage d’autrui (E. LEVIANS) qui se présente devant le bourreau est une supplication ; un renvoi à l’humanité en lui et chez lui. C’est le retour à la question de Dieu à Caïn : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » ; « suis-je le gardien de mon frère ? » Oui, tu es le gardien de ton frère qui te regarde et te dit qu’il veut vivre.
L’artiste, en plus de cet appel à la morale de la responsabilité politique, nous oriente également à observer le domaine des pulsions mortifères et mortelles. Il est possible d’interpréter son mot « Arrêtons tout ça » dans le sens d’un questionnement des pratiques thanatocratiques. C’est l’insistance à questionner tout ce qui dans la société tue et anéantit l’autre, soit par rapport à ses opinions politiques ou religieuses. Quels sont ces citoyens qui veulent se détruire et coïncider avec les forces de violence qu’ils portent en eux ou en elles ? Par ce retour à ce qui anéantit, il est possible de revenir au mythe égyptien d’Isis et d’Osiris qu’affronte le couple Seth et Nephtys. Le monde est ainsi divisé entre des forces de vie et des forces de mort qui s’opposent dans le cœur humain et dans la réalité.   Mais il ne s’arrête pas en si bon chemin ; il propose de quitter le « ça »  dans l’inteprétation freudienne de pulsion mortelle dans l’une de ses dimensions.
Pour des politiques du dialogue
Comment dépasser les politiques de division ; ne faut-il pas s’asseoir et discuter ? Tel est le pas constructif de la chanson. « Pardonnez, asseyez-vous discutez ». DEBORDO LEEKUNFA insiste sur des dimensions de la politique comme espace dialogual entre des partenaires sociaux. Il appelle les dirigeants à avoir la culture du dialogue constructif. Les normes de cette construction passent par l’inscription à se regarder, à cause et à discuter autour de l’arbre à palabres. Convoquer ainsi toutes les franges de la population au dialogue constructif requiert que chacun abandonne sa position et accepte la vertu du pardon.
Que signifier dialoguer ?
Pour aller plus loin, mettons DEBORDO LEEKUNFA en transversale avec les pensées de Fabien Eboussi Boulaga et Eric Weil. Il est possible de comprendre son propos « asseyez-vous discuter » dans le sens de la palabre et de la discussion.
La palabre est convoquée pour résoudre des différends ; les membres du clan sont invités pour prendre part aux assises et à chacun est donnée la parole. Les protagonistes du conflit montrent déjà qu’ils veulent résoudre le conflit. La participation des uns et des autres est collégiale et marque la ratification de tous aux conclusions des assises. La place du chef bien que prépondérante n’implique pas qu’il faille infléchir sur les décisions à prendre ; ce sont les anciens qui président ; ils délibèrent ; en fonction de leur âge, il leur est interdit des positions partisanes.  La confrontation entre les deux parties est totale, elle donne à connaître les sources du conflit, c’est  à l’assistance de montrer les torts, en recourant au contre interrogatoire ; le jeu de la réciprocité dans les échanges sera-t-il respecté ?  Peut-on employer l’éthique de l’harmonie de la palabre dans les institutions politiques et démocratiques ? Par contre, pour Éric Weil, la discussion est le socle de l’État constitutionnel car il s’agit désormais d’un échange humain ou la parole est échangée par une éthique de la discussion. Il suffit de fixer des règles de procédures en vue du bien commun. Le bien en lui-même devient sujet de la discussion qui peut s’appliquer au droit et à l’interprétation de la tradition. La communauté devient ainsi structurée par le langage. Elle peut chercher la vérité dans la discussion aristotélicienne. En fait, dans la discussion, l’homme peut opter pour la vertu. La discussion peut également se démocratiser dans les institutions.


La conclusion
L’artiste sait bien que ses propos vont choquer son auditoire ; et, pour finir, il salue révérencieusement son auditoire par un galimatias que lui seul comprend. La chanson s’achève donc par le fait de s’excuser les sensibilités et les mauvaises habitudes. Son mérite c’est d’avoir pensé de manière critique. La pensée critique qui secoue les chemins connus de médiocrité implique de s’installer dans l’inconfort de la pensée questionnante.
Tout compte fait, le texte est  un mélange de langues africaines et d’onomatopées qui appartiennent à l’animation musicale des DJ. L’un des paroles intéressantes est celle celle où il dit « a lobi kitoko » (il a bien parlé). Concluons par les mots de l’artiste qui nous a conduits à travers une méditation sur le sens de la « nation ».  « Les politiques divisent ma nation, je dis non ; les politiques veulent détruire mon pays, je dis non ; faut pas la nation que je suis, je dis non »
 « Pardonnez, asseyez-vous discutez »
 « La famille, rien que la famille »
Merci l’artiste ! mais prochainement, fais moins d’ATALAKOU des sportifs ; je te taquine car, ce sont sans doute tes sponsors majeurs.  Mais peut être "y'a même pas l'homme", comme tu le dis. Clin d’œil.
Akono François-Xavier.


mercredi 21 janvier 2015

La personne humaine aime-t-elle la raison et la vie ?

La personne humaine aime-t-elle la raison et la vie ? 

Je me demande s’il ne nous faut pas questionner quelques notions léguées par la tradition scolaire et académique.   
je questionne tout d'abord Aristote pour qui  l’homme est un animal politique  doué du langage raisonnable ; la seconde notion interrogée, je la prends  sur la base de compréhension d’un aspect mis en évidence par quelques penseurs, philosophes et théologiens d’Afrique et africanistes  (Tempels, Mveng, Mulago, Mbiti); à savoir, la vie comme socle de compréhension de l’existence quotidienne de nos terroirs. Je questionne ces notions sur la réalité des faits du terrorisme et de l’observation des morts inutiles liées à la mauvaise politique d’accaparement du pouvoir. Si la raison est la faculté de penser, de méditer et de comprendre le monde afin de devoir s’orienter, il sied de s’interroger. L’homme est-il doué de raison ? Les langages de la force ne sont-ils pas à l’opposé de la vie humaine ? La déviation volontaire de la question du « est-elle » au « aime-t-elle » vise un renversement ; on a trop pensé l’être et on a oublié « l’amour » ; or, poser son existence en termes qui questionne si j’aime me permet d’orienter l’existence par les tonalités affectives de ce qui anoblit le soi et l’autre. 
Ce cadre posé, deux questions m’orientent : la personne humaine aime-t-la raison ? La personne humaine aime-t-elle la vie ? 

Aimer la raison ou la déraison ? 

Je prends l’une des figures polémiques de l’humanité, à savoir le terroriste. Est-il doué de raison ?  Il n’a peut être pas lu Aristote ; mais du fait qu’il ait la même apparence que le « bipède raisonnable », que physiologiquement il ait un cerveau reconnu comme l’organe de la réflexion, il faut s’interroger. S’il a un cerveau, à quoi emploie-t-il son cerveau ? A concevoir des plans d’attaque ? A vouloir, conduire les autres de force à sa « foi » ? A faire du monde des humains des croyants par la force brute ? A détruire les édifices de « foi » des autres ? Est-ce à cela que sert la raison ? La raison sert-elle à fabriquer des armes à feu qui détruiront la vie de l’autre ? La raison sert-elle à employer la violence gratuite pour défendre une cause qui est de soi seul connu ? Est-elle l’organe qui médite sur la domination du monde par la construction d’outils mortifères à la grande joie de l’industrie des armes qui avance  et augmente son compte bancaire ? Puisque, pour que les humains satisfassent leur instinct destructif, il faut bien acheter les armes et les employer. Il est difficile de conclure que la personne humaine  soit douée de raison ; est-il fou ou folle ?

 Si l’intelligence est mise dans l’orientation du mépris de soi et des autres, peut-on affirmer que cette intelligence soit au service de la raison ? Si la raison demeure une faculté, elle doit s’exercer ; elle devrait réaliser ses possibilités ; la réalisation des possibilités revient à ramer à contre courant de l’animalité qui est destruction, instinct belliqueux et habitation de la noble place qui construit et milite en faveur de l’effectuation des capacités à construire des espaces de et pour la vie. Au regard des paragraphes qui précèdent, il est ardu de conclure que le terroriste aime la raison ; et qu’il chérit plutôt la déraison.

Aimer la vie ou la mort ?

Pour questionner si réellement l’africain et l’humain tout court aime la vie, je m’appuie sur l’article 4 de la Déclaration africaine des Droits de l’homme et des peuples qui stipule : « La personne humaine est inviolable. Tout être humain a droit au respect de sa vie et à l'intégrité physique et morale de sa personne: Nul ne peut être privé arbitrairement de ce droit. »  (Charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples) L’actualité nous prouve pourtant le contraire. Si tel est le cas, je m’interroge donc de manière suivante : « est ce que les premiers penseurs africanistes et d’Afrique (Tempels, Mulago, Kagame, Mveng, Hebga, Hountondji,  Eboussi Boulaga, etc) se sont trompés  en inscrivant la vie  (dans ses multiples contours vie avec les autres, vie pour les autres, hospitalité, solidarité) comme base de compréhension de la vision du monde des africains ?

Ce que j’observe, c’est une certaine mutation ;  je vois des morts semés et répandus à la fois par le terrorisme et la police qui tue les manifestants contre la mauvaise politique. Si tel est le constat empirique, il convient donc d’affirmer que ce n’est plus  « la force vitale » (Tempels relisant les Luba) ; mais la force brutale qui est exercée.  Ces deux catégories, le terroriste le pourri-tique,  brutalisent la vie des citoyens ; ils ne la respectent guère. Respecter la vie de chacun revient à le laisser « vivre sa vie » ; c'est-à-dire à exercer ses capacités de résolution des problèmes liés à son environnement ; il ou elle veut bien vivre. S’il manifeste son mécontentement, par la voie de la casse, n’est ce pas qu’il est excédé ? Qu’il ou elle se rend compte que sa vie est méprisée ? Il n’a pas de quoi se vêtir, de quoi payer ses études, de quoi travailler après ses études universitaires ; quelle est la qualité de sa vie ?


Si la personne humaine commence à aimer la raison ; si la personne humaine commence à aimer la vie, je pense que l’humanité fera un grand bond. A revers, la personne humaine qui déchoit de son humanité (Eboussi Boulaga) devient banale ; sa vie risque ne pas avoir de l’épaisseur ; cette personne aura traversé l’existence en fantôme. « Les gens (pourri-ticiens ; terroristes)  là nous prennent pour de vrais paplés ! (fous) » « ils nous prennent pour des mbout (gaous) » ; or, la force du gaou réside dans  l’esprit critique. 
                                                                                                                                          Akono François-Xavier. 

dimanche 28 décembre 2014

Pour une vie conjugale harmonieuse

Pour une vie conjugale harmonieuse

  1. DIEU
Quelle est la place de Dieu dans notre vie ? Avons-nous le courage et l’humilité de le reconnaître comme celui qui nous a aimés les premiers ? Savons-nous que l’amour conjugal est une réponse à l’amour de Dieu (commandement) . En effet, l’intime communauté de vie et d’amour conjugal (fondée par le Créateur et structurée par ses lois) est instaurée par ses lois est instaurée par l’alliance des conjoints  c est à dire, par leur consentement mutuel irrévocable. Pour Dieu, en effet, l’alliance matrimoniale (homme+femme=consortium pour toute la vie) est ordonnée au bien des époux à la génération et à l’éducation des enfants.
Quelle est la place de la prière dans le couple ? Et les sacrements ? Et sans cesse, une relecture devant Dieu, des moments de joie, de crise et de paix. Donc, insister sur une évaluation continuelle dans la perspective d’une action de grâces et d’une amélioration de ce qui dépend de nous.


2. NOUS-DEUX  

L’amour comme engagement envers l’autre doit primer. Quelles peuvent être les caractéristiques de l’amour conjugal ? C’est un amour pleinement humain ; c’est un amour total (forme d’amitié personnelle qui se structure par le partage) ; c’est un amour exclusif qui conduit va jusqu’à la mort. C’est un amour fécond…
Comment ici, l’attention à l’autre, la compassion et d’autres ressorts fonctionnent comme dynamisme de la relation. Une dimension importante : la VERITELA VERITE… faite de sincérité et d’honnêteté

3. LES AMIS-LA FAMILLE

Comment les tenir en estime  et les intégrer à leur juste place, sans interférence, ni ingérence ? Sera-t-on à mesure de garder un espace propre au couple ? Comment les écouter sans démission de nos propres capacités réflexives…

4. LES ENFANTS

Quel est ton sens de l’éducation des enfants, dimension humaine, chrétien ? Comment les conduire tous ensemble au sens de la responsabilité et de l’excellence ?

5. LES FINANCES
Comptes personnels ? Comptes communs ? Et le régime des biens ? En avoir une idée claire et nette, puis voir le point de vue de l’autre… Dans une concession mutuelle… Se tenir le langage de la vérité…  Comment avoir le sens de la mesure, et de la juste proportion dans ce qu’on a ensemble ?

6. LES LOISIRS
Savoir se détendre ensemble. Faire attention à ce qui lui plaît et ne pas trop être critique à l’égard d’un loisir qu’on apprécie pas trop.

7. LA SEXUALITE
Le mariage unit deux personnes qui sont sensées s’aimer et par là, vivre ensemble. L’Eglise a toujours considéré l’acte sexuel comme acte d’union ; elle fait valoriser que même dans la dynamique propre de la sexualité, les partenaires doivent être attentifs l’un à l’autre pour obtenir une pleine satisfaction ; cela à condition que les partenaires s’aiment.

En parler sincèrement en distinguant, tendresse, volupté, désir… 

discernement en vue du mariage.



-          Quelle est vie de couple qui te convient.
-          L’intelligence de reconnaître celle que Dieu a choisie pour toi (est-elle déjà là ou alors, dois-tu encore attendre) et la force de l’accepter


Pour l’instant, à mon sens, le discernement, pour une éventuelle décision de se marier avec l’une ou l’autre doit intégrer, selon ton tempérament et ta structure d’esprit, les aspects suivants :

Un discernement rationnel fait de côtés positifs et négatifs que tu relis sans cesse. D’abord, pour décider, tu dois intégrer ce qui te conduit à voir en quoi tu peux vivre avec l’une plutôt qu’avec l’autre. (Au cas où il y’aurait plusieurs possibilités)  Les aspects de sa personnalité où tu es amené à rendre grâce à Dieu. Comment, à partir de ses qualités, tu peux être conduit à dire « merci » à Dieu de t’avoir donné une telle amie… Et comment ses qualités, que tu peux dénombrer t’orientent vers elle comme choix définitif. C’est vrai comme le disait un de mes cousins, « j’aime ma femme, parce que… ».

Examiner aussi, lucidement, les aspects de ton tempérament, de tes convictions, de tes faiblesses qui, mises ensemble, peuvent vous conduire à une acceptation mutuelle, et quel sens du compromis, de la mort à soi même vous avez tous les deux au point de considérer l’amour qui vous lie comme plus fort que ce qui à un moment, relève d’une incompréhension passagère, ou durable.  Insister sur les défauts qui peuvent être améliorer…
C’est ainsi que la personne qui peut remettre en question ses propres positions et peut s’excuser pour l’un ou l’autre manquement, et avoir le sens du pardon.
Le choix rationnel doit toujours être fait dans une logique où, te souvenant de la fin pour laquelle tu es créé, tu en viens donc à choisir ce qui va davantage « louer, révérer et servir Dieu » et par là, parvenir au Salut.
Les avantages à vivre ensemble sont-ils plus nombreux que ceux de reconnaître en toute vérité  que c’est impossible, et ce, pour des raisons objectives et reconnaissables par tous…



A un second niveau, beaucoup plus intérieur,

Tu peux considérer les « motions » des esprits. Ça consiste à quoi ?
A l’idée de vivre une vie de couple avec l’une ou l’autre, quels sont les sentiments qui t’habitent, ce, dans la durée, (joie, peine, tristesse, chagrin, angoisse). Et à partir de là, dans une relecture quotidienne, tu peux donc voir que tu inclines davantage vers l’une que vers l’autre. Tu peux également avoir une meilleure connaissance d’une possible vie à deux avec l’une plutôt que l’autre, par le moyen d’une alternance de la lumière faite de l’expérience des « consolations » (en arriver à louer Dieu pour celle-ci, et l’aimer en Dieu ; voir comment l’Esprit te donne quiétude en sa présence… te rendant la vie agréable) et des « désolations » (trouble, tristesse, tension, agitation,…) spirituelles avec l’une ou l’autre. Voir comment le Seigneur te comble à la présence de l’une ou l’autre. S’il y a divers choix.


samedi 20 décembre 2014

Et si nous avions tort ...

Et si nous avions tort dans notre imitation servile?

Le thème de nos échanges est l’imitation servile. Celle-ci s’observe dans les références qui semblent être les nôtres. Nous, en tant qu’africains, et africaines, n’allons nous pas finir par nous nier ? L’Occident se présente à nous comme un miroir qui nous déforme. Quelques pistes de cette déformation sont repérables dans quelques phénomènes de société.

Démarrons notre examen de conscience par le Concours de miss, il s’agit du concours de la plus belle femme... Comme en Europe, cette compétition de beauté est également organisée dans plusieurs pays d’Afrique. La question qui se pose est celle des critères choisis pour la sélection de l’heureuse élue. Manifestement, le critère de la minceur est choisi au vu du nombre de femmes couronnées par les jurys de cette compétition. Alors être mince, grande de taille, savoir sourire et savoir parler en public est la référence. Si je suis petite et joufflue ne suis je donc pas présentable? Heureusement que les gouts et les couleurs ne se discutent pas. Il serait tout de même plus intéressant de valoriser des modèles proches de la réalité et en bonne santé parce que le modèle prétendu occidental de beauté risque de créer bien des frustrations chez les filles/femmes d’Afrique. Pourquoi vote t'on pour ces modèles?

Demeurons même dans les goûts de certains qui décident de se décaper. Pourquoi changent-ils ou elles de peau ? n’est ce pas le fait d’un complexe d’infériorité reconnu et ratifié ? La peau blanche est la peau véritable. L’on s’oublie et l’on change ainsi. L’on devient « peau noire, masque blanc ». La référence en matière d’intonation de la voix chez certaines et certains est l’accent aigu pris par certains frères et sœurs d’Afrique Subsaharienne. Ils ou elles whitisent : dans quel but ? La question qui se pose est celle de savoir pourquoi Barack Obama lui parle comme un bon NEGRO, alors qu’il a eu un père kenyan et une mère blanche. Obama élevé dans un milieu blanc, a du conquérir son africanité. Qu'est ce qu'être Africain ? C'est justement prendre sens de ce contingent qu'est la naissance dans un espace et d'en faire sens pour constituer son identité. Il revient de donner et trouver les modalités expressives d'un devenir humain dans cet espace ; quelles en sont les valeurs ? Obama s'identifie à un African de par les intonations de sa voix ; il a appris à parler comme un Africain. Il nous enseigne que l'africanité est une conquête.

L'Afrique doit se ré-inventer aujourd'hui, se reconquérir. Il revient de penser l'Afrique comme un tout ; ré-inventer l'identité africaine aujourd'hui. Ce qui nous interroge une fois de plus c’est de constater qu’on nous proposait jadis la répartition des pays en critères de développements. Il y avait d’une part, les pays développés et les pays sous développés. Les pays sous développés étaient ainsi mis à la course d’une poursuite du développement occidental, prôné comme référence. Parlons développement. Les pays dit 'sous-développés' veulent être 'développés'. Ainsi ils veulent tous s'endetter au plus au point et remplacer l'homme par des ordinateurs. Comment peut-on envier des pays où la solitude règne au détriment de la joie de vivre en communauté ? Comment envier l’Occident colonisateur, car coloniser a signifié piller, détruire les cultures des autres et s’imposer par la violence. Devra-t-on accepter de copier coller des pays où si souvent, le sens du mot liberté n'est pas très loin de libertinage ? Regardons même du point de vue politique. L’Etat occidental importé a été copié coller chez nous. Nous l’avons adopté sans discernement. Et nous nous y complaisons dans ces structures étatiques qui ne sont n’arrivent pas à bien être ancrées dans nos sociétés.

 Et bien nous devrions réfléchir au chemin que nous empruntons... Faire les bons choix en évitant de reproduire les mêmes erreurs et surtout en refusant de perdre notre identité. En somme, pour défier l’aliénation servile qui nous menace, en tant que peuples d’Afrique, ne faut-il pas savoir prendre chez l'autre de quoi s'améliorer sans pour autant perdre nos valeurs ?

LE DOUTE & AFX

vendredi 19 décembre 2014

Qu’est ce qu’un cadeau ?

A ELIANE de NKOL-REAL (=Montréal) 

Décembre. Nous sommes dans l’air du temps: préparation de l'anniversaire du Père Noël. Les boutiques et les magasins font du bénéfice. Ne leur en tenons pas rigueur.  L’argent croît au rythme des cadeaux achetés en vue d’être offerts.  Quelques uns se privent, d’autres s’enrichissent ; « c’est moitié-moitié ».

Baladons nous au marché P.K.8-KONDI (de DOUALA). La bayam-salam pour aguicher le client « ajoute le cadeau » sur le bâton de manioc. C’est une forme d’excédent pour remercier l’acheteur. Rendons nous à la Félicia, après un match de foot-ball ; le gardien de buts a donné le but cadeau à l’adversaire : c’est but cadeau. Pour le comprendre en camfranglais, l’on dira, il a encaissé, « NJOH ». Écoutons même le DJ qui fait dire à la NANA : « prends-moi cadeau ». Le cadeau n’est pas un surplus ou un surcroît ; il n’est pas un pis-aller ni un superflu.  Comment résister à l’existence grégaire et comprendre pourquoi je dois faire ou non un cadeau ?

Circonstances, modalités  et intention du cadeau

La personne qui fait des cadeaux doit s’interroger sur les circonstances, (quand faire un cadeau ?) sur les motivations et les intentions ( qu'est ce qui me fait faire un cadeau, pourquoi faire un cadeau et dans quel but) sur la manière de faire un cadeau (comment ?) ; mieux, la personne s’interrogera sur la personne à qui est faite le cadeau (qui ? le destinataire) ; sans doute, faire un cadeau consiste aussi à révéler à la personne sa véritable personnalité. Dis moi comment tu offres un cadeau et je te dirai qui tu es.
Ces préalables définis, le cadeau est un jeu de la relation et dans la relation. L’initiative est donnée à l’un des deux partenaires qui décide : « je veux faire un cadeau » à mon ami, à mon compagnon, à ma compagne, à mon enfant, à mon camarade de classe, à ma fiancée, à mon collègue. Le « quand » du cadeau est son occasion. Le temps du cadeau est une occasion heureuse.  C’est en général le moment festif d’un anniversaire, d’un mariage, ou selon l’air du temps, c’est Noël. Malgré l’occasion le retour sur le jeu de la relation est intéressant. En effet, le cadeau permet de revenir sur l’intérêt porté à une personne. J’offre un cadeau parce que j’ai assez observé la ou le concerné ; je vis avec lui ou avec elle une relation filiale, paternelle, amicale ; et je sais qu’il ou elle aime telle ou telle chose ; je présuppose qu’il l’appréciera. Mais au préalable, « qui est ce je à qui je veux offrir un cadeau ? »  Quels sont ses goûts ? Quels sont ses intérêts ? Parfois, faut ramer à contre courant de ce que le tiers fait par obligation, faut peut être pas lui offrir quelque chose qui va lui rappeler son travail quotidien. C’est assez contraignant ainsi. En réalité, il est plutôt question de s’intéresser à ce qu’il ou elle aime. Est-ce qu’il aime danser ? Aime-t-il la comédie ? Aime-t-il le cinéma ? Aime-t-elle la lecture ? Aime-t-il l’écriture ? Aime-t-elle les vêtements ? Aime-t-elle les voyages ? Aime-t-il la prière?  Le Cadeau est donc de l'ordre du déplacement : du moi vers l'autre; du je vers le tu. Ce déplacement est une sortie de soi, c'est un déprise de son égoïsme et laisser parler son coeur. 
Prendre sur son soi. Pour offrir un cadeau, l’offrant prend nécessairement sur ce qu’il ou elle a et possède. De l’ordre du don, le cadeau médiatise la relation du je au tu par l’entremise d’une considération et d’une reconnaissance de l’importance de l’autre dans notre vie. Le « je » et le « tu » partagent des sentiments d’estime. 
 Je lui offre donc ce qui lui rendra content/e. Son contentement, qui est l’ intention de mon don est médiatisé par ce qu’il ou elle recevra. Le cadeau est la matérialisation d’une affection ressentie et que l’on souhaite manifester. C’est la part noble de soi que la personne veut partager à sa personne. L’autre que soi qui n’est pas soi est toutefois mis en lien avec ce que les deux sujets partagent entre eux.  C’est pourquoi, le cadeau est le signe de l’amour.
Se priver par amour pour l’autre. Quand je fais un cadeau, je me prive de ce qui me revient de droit et je l’offre à l’autre.

Le cadeau comme symbole d’amour

Le cadeau permet à deux personnes de réexaminer leur relation. Si la fondation du cadeau est le cœur qui donne et qui se donne, reconnaissons tout d’abord que le cadeau est de l’ordre d’un symbole d’amour du tiers au tiers. Sa voie barrée est de faire le cadeau par convention, par habitude et par mimétisme. On ne fait pas un cadeau parce que la société demande de le faire ; ou encore, le cadeau n’est pas fait pour imiter les autres de manière servile. On ne fait pas non plus un cadeau pour se débarrasser d’une penderie encombrante ou par superflu.

Le cadeau n’appelle pas le cadeau en retour

Si offrir un cadeau est de l’ordre de la liberté de la personne qui décide de le faire ; les partenaires n’en exigent pas pour autant une réponse équivalente au don reçu. Le cadeau n’appelle pas nécessaire le contre cadeau. C’est vrai qu’à Noël,  on parle d’échanges des cadeaux ; et si le partenaire est alors « moisi » ; s’il est « nguémé » ? Certes, il devra au moins, faire du sien pour devoir imaginer comment s’y prendre pour « faire plaisir » au tiers.

En somme, le cadeau est l’occasion d’exercer la meilleure part de soi ; c’est penser à l’autre et avoir le sens de l’autre. C’est vivre pour l’autre et s’oublier soi-même.
Est-on obligé de faire un cadeau de Noël ? Suis-je obligé de faire un cadeau de Noël ? Comment ne pas offrir des cadeaux démesurés ? Cela nous conduit nécessairement au sain discernement. Qu'est ce que le cadeau de Noël? 

AFX 

dimanche 14 décembre 2014

Éducation sexuelle ...


Dans les foyers camerounais on parle peu de sexe. Et oui, l'éducation sexuelle est faite par les profs à l'école, par internet, par la télévision connectée au monde et par les amis/camarades/cousins/frères.

Comment être sûr que son enfant à la bonne information si on laisse le soin aux autres de faire son éducation? Je pense que la solution se trouve dans notre passé : comment l'éducation de mon arrière grand mère s'est elle effectuée ?

Et bien dans le temps la jeune fille marchait beaucoup avec sa mère qui dès l'apparition des premiers changements physiques apprenaient à sa fille comment se tenir. Elle lui montrait comment gérer les changements et lui apprenait le rôle d'une femme dans un foyer. Avant de l'envoyer en mariage, la mère donnait à sa fille toutes les techniques pour bien entretenir son ménage. On s'aperçoit que l'éducation sexuelle de la fille est faite par la mère tout au long de la vie de sa fille.

Pour les garçons, il existe une initiation. Pendant cette période les jeunes garçons, qui deviendront hommes au terme de l'initiation, sont formés à assurer leur rôle. Plus tard, le père et les personnes plus âgées seront ses conseillers. Lors des soirées autour du feu, les raconteurs/griots distillent à travers leurs histoires des conseils pour la jeunesse.

Aujourd'hui tout le monde court après le temps et on oublie de discuter avec nos enfants. Ceux ci posent désormais leur question au voisin parfois aussi peu expérimenté qu'eux, ils écoutent les camarades se vanter de leurs exploits dans des récits exagérés pour captiver l'auditoire et avoir plus de côte ... Voilà, à nous de prendre les bonnes décisions et de discuter avec nos enfants, nos petits frères. N'oublions pas que nous sommes leur model, aussi à défaut d'un tête à tête on peut profiter d'un documentaire regardé en famille, d'un fait divers qui fait l'actualité, d'un forum ou d'une session de formation...

Bon courage à tous les parents et grands Frères...

Le Doute